Première rencontre Welter – Pininfarina

Afin de rendre hommage à Gérard Welter, décédé mercredi, nous publions un extrait de l’ouvrage qui lui a été consacré en 2009 et qui raconte sa première rencontre avec Pininfarina…

centre style 30-12-65
Le centre de style en 1965. En arrière plan, le dessin d’un « break de chasse » qui ne passera pas inaperçu auprès de Pininfarina qui le copiera pour créer la 504 Riviera en 1971…

Pour Gérard Welter, le nom de Pininfarina est déjà sur toutes les langues lorsqu’il arrive en 1960 chez Peugeot. Et pour cause, voilà près de dix ans que l’accord entre le constructeur français et le carrossier a été signé, c’était en 1951 pour le développement de la 403 qui sera révélée en 1955. Et lorsqu’il débute ses travaux à la Garenne Colombes, c’est sur les feux de la 404, un modèle inédit dessiné par… Pininfarina. Pourtant, en interne chez Peugeot, Paul Bouvot et sa petite équipe ne ménagent pas leurs efforts et œuvrent en bonne intelligence sur les projets en cours mais toujours avec cette concurrence prestigieuse et sans doute un peu lourde à supporter.

visite chez pf
La terrasse de La Garenne avec Gérard de dos en chemise blanche, Bouvot face à lui et, au fond, quelques représentants de Pininfarina.

« Au début, cette collaboration avec Pininfarina me passe un peu au dessus de la tête. Certes, je vis ça de l’intérieur mais je n’ai pas de responsabilité à ce moment là. Je sais que Paul Bouvot était à la fois contrarié parce qu’en compétition avec Pininfarina et à la fois fier de se trouver en concurrence avec une telle signature. C’était ambigu. J’ai connu Battista Pinin Farina qui est venu nous voir lorsque nous travaillions sur le projet de la 204. Il avait amené sa maquette chez nous et c’est lui qui nous l’avait présentée. Je me souviens très bien des conditions dans lesquelles nous avions organisé cette confrontation. Elle se déroulait au CEP de la Garenne Colombes, sur le palier du premier étage qui avait été pour la circonstance entièrement dégagé de toute activité. En ce temps là, il n’y avait pas de salle dédiée à la présentation des projets en cours alors nous allions sur le palier ! C’était archaïque… Nous installions des tables, des marbres pour les maquettes et le jour de la présentation, il y avait un virtuose du chariot élévateur qui venait avec ses fourches dégager tout l’espace possible afin de présenter les deux projets, celui de Pininfarina et le nôtre. C’était amusant, parce qu’il ne fallait rien abimer. Ça passait jute mais nous essayions d’opérer rapidement. Pour nettoyer les sols de toute la poussière, nous arrosions le plancher. Les stylistes et compagnons donnaient un coup de main, ce n’est pas comme maintenant ! Et nous voilà en train d’installer les deux maquettes. Celle de Farina était elle aussi en plâtre et c’était très bien ainsi car ce consultant prestigieux nous apportait une certaine crédibilité : nous avons pu continuer à opérer nous aussi avec des modèles en plâtre. »

PFBT
Battista Pinin Farina

« Le jour de la présentation des maquettes de 204, je vois arriver un personnage incroyable, avec des cheveux aux reflets bleutés : c’était Battista Pininfairna. J’étais impressionné parce que c’était un artiste, quelqu’un de différent, le genre de personnage que j’adore ! Il est venu s’exprimer, expliquer ce que ses stylistes avaient voulu interpréter. Moi, j’étais dans mon coin, j’ai vu toute cette scène avec beaucoup de respect et de plaisir à la fois. »
Et puis, Gérard a à son tour été confronté aux visites de Pininfarina, avec le fils de Battista cette fois, Sergio Pininfarina : « Quand les « Farina » venaient nous rendre visite, ils avaient accès à tous nos bureaux et se baladaient dans nos locaux. Enzo Carli et Sergio Pininfarina faisaient le tour des bureaux d’études, regardaient les études de nos stylistes, observaient les maquettes et repartaient chez eux ! C’était devenu pour moi insupportable. J’ai réussi à convaincre Paul Bouvot à mettre un terme à ce type de visite. Par la suite, lorsque Enzo Carli et Sergio Pininfarina venaient dans nos locaux, ils n’avaient accès qu’aux maquettes de style du programme en cours. Chez nous, la cohabitation avec PininFarina a toujours été très délicate. Cela ne m’a jamais empêché d’avoir du respect pour eux mais nous ne pouvions pas, au style Peugeot, se laisser étouffer comme cela. Vous savez, il y a parfois de bonnes idées qui peuvent naître de ce côté-ci des Alpes. Il est vrai que des sociétés comme celle de Pininfarina ont le loisir de voyager partout à travers le monde avec une vision du domaine esthétique de l’ordre de l’expertise. De leurs incessantes visites, ils peuvent forcément retirer un avantage extraordinaire lorsqu’il s’agit d’établir la synthèse d’un projet ».

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